mardi, juillet 31, 2007

Lorelei au dixieme jour

Illustration: Nekhbet

Comme coulent les heures
Cruelles et implacables,
Ton silence m’accable
Met la mort dans mon cœur.

J’ai mal O j’ai si mal.
Dans un cadre irréel
Mon ami vient m’appelle.
J’ai mal O j’ai si mal.

Non je n’aurais pas du
Pas du autant l’aimer,
L’effroi et le regret
Sont mes justes quartiers.

Ah si je l’avais su
Si je l’avais prédit
Mon amour est maudit
Mon amour est parti.



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lundi, juillet 30, 2007

Neuf IX: l'aine

Illustration: Guillaume Delorme

Viens, dit l’amante, te blottir
En mon flanc chaud, viens t’assoupir.
En ce cadre ou le cœur s’enchaîne
Si voluptueusement; l’aine.

Point brûlant mais vulnérable,
Belligérant bien qu’affable,
Il attend Antonio tranquille,

Comme un vase un bouquet de fleurs,
Une toile un dessinateur
Une femme son amant habile.


Épilogue :

Voilà le tour est joué, les neufs jours passés. Rien n’aura été brisé de mon élan; Tu n’es pas là ce soir et mon cœur va mourir je crois, figé dans son secret, cassé avant d’avoir vécu.

J'ai entendu un jour cet homme dire à la femme qu'il aimait: "depuis que je te connais j’ai peur tout le temps. Peur de ne pas te voir, peur de te voir, peur que tu m’abandonnes, peur de tes paroles, peur à chaque instant".



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samedi, juillet 28, 2007

Neuf VIII : la hanche

Illustration: Euchrid

L’angoisse sur moi se penche,
Je n'ecrirai pas sur la hanche
Car ma gorge a séché, durci,
Comme une criminelle en sursis.

Je ne mérite pas la chance
De dormir au creux de ta hanche,
Ni la chance ni le souvenir
D’avoir aimé. Ah te maudire

Toi que je n’ai pas connu
Et dont l’esprit m’aura vaincue.
Te maudire et te désirer
Encore, toujours, et en hurler.


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vendredi, juillet 27, 2007

Neuf VII: le ventre

Illustration: Paul Bracey

Disposé au centre du corps
Le ventre fait le vaniteux.
Il sait que sans aucun effort
Il domine les cartes du jeu.

Une main sur lui vibre d’espoir,
S’impatiente, prend de la vitesse
Telle une gazelle dans le soir
Vole au royaume des caresses.

Antonio s’épuise à aimer
La peau étalée comme un fruit,
Il offre son cœur entamé
A son amante d’aujourd’hui,

A moins que demain, une saison
Entière, elle puisse le posséder
Brûler l’enfer de la raison
Tout prendre en lui, tout dépasser.


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jeudi, juillet 26, 2007

Neuf VI : les jambes


Notre rencontre incontournable
Aura lieu, elles me porteront.
Tu le vois elles sont responsables
De leur salut et damnation.

Elles marcheront vers Antonio
Contre toute raison, toute rigueur,
Mes jambes musclées feront le saut
De l’hésitation au bonheur.

Couchées sur un lit d’espérance
Elles franchiront tous les degrés
Entre le malheur et la chance
Entre le cri et le secret.

Elles enlacent déjà le corps
D’Antonio, mystérieux gitan,
Dur, amoureux et violent

Qui sait changer l’amer en or,
Changer l’hiver pour le printemps,
Brûler mon cœur pour un serment.

mercredi, juillet 25, 2007

Neuf V: le fessier

Illustration: Modigliani

Plonger dans l’ultime caresse,
Le point de non retour, la fesse.
Tu l’auras voulu ronde ou dure,
Qu’importe, elle vit sous ta main sure.

Docile parfois (mais pas souvent),
Calme ce soir, pas pour longtemps,
Elle se prend des airs poétiques,
Telle une artiste diabolique.

Mais elle n’est qu’une enfant facile
Soumise à ton désir mobile,
Elle frémit, vibre d’impatience
Et le plaisir sur sa balance

Tel un acrobate, bascule.
Ah il est tard pour qu’il recule,
Pas de regrets ni de retours,
Demain sera un autre jour.


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mardi, juillet 24, 2007

Neuf IV: Le dos


La peau est si douce, craquante comme une fleur,
Sous ses mains paresseuses.
Il reste à écouter battre son sang,
Il voudrait suspendre le temps
A cet endroit précis, sous l’omoplate gauche,
Là ou la chair est chaude et palpitante,
Là ou elle dit « J’ai mal ici exactement »
Antonio prend son temps, il flâne sur le chemin,
Il sait que la prison le guette … il préfère rêver.
Son amante brûle d’attente, mais aussi d’espérance,
Elle laisse la main s’endormir sur ses vertèbres,
Sourde promesse du moment ou elle bondira
Et se durcira telle une arme
Pour tracer sur son dos la carte de l’amour
Les routes du désir, les carrefours de chair.

Entr'acte

Cher Antonio,

Ton absence me pèse, m’encercle, me mange; elle marque telle une brûlure le besoin que j’ai de toi. Je ferme les yeux pour mieux te retrouver et en même temps j’ai si peur de te perdre.

Je t’imagine assis dans un jardin près de la mer. Je te vois marcher sur la plage, le vent dans les cheveux. Tu fermes les yeux un instant juste pour penser à moi, juste pour savoir que j’existe encore. Tu entends le fracas des vagues sur les rochers, mais en réalité, par delà le fracas tu entends mon nom. Tu ouvres les yeux et tu rages contre toi-même. Comment cela m’est-il arrivé ? Comment est-elle arrivée dans le bruit de mon coeur, le fracas de mes mains? Qui est cette femme pour m’avoir ensorcelé ? Je ne veux pas qu’elle soit sur mon front, sur mes lèvres, dans mes reins. Je veux qu’elle parte. Aurai-je le courage de lui dire de partir ? Aurai-je le courage de ne jamais la rencontrer ? Aurai-je l’audace de la voir au contraire, de la placer devant mes yeux, de la mettre dans mes mains, de la tirer à moi pour prendre tout le miracle de sa présence ? Devrais-je rester raisonnable ? Ou plutôt serais-je cet homme qui veut vivre le cercle de la vie jusqu’au bout ?

Mon doux ami, mon doux amour, je vis dans la hantise de ne plus jamais te retrouver, dans la peur d’être delaissée. Ne m’abandonne pas mon bel ange, je ne pourrai pas le supporter. J’ai trop le désir de voir ton visage, t’entendre ta voix, de serrer tes mains et de prendre aussi ce qui déjà un peu m’appartient, le creux de cette hanche, la hanche d’Antonio.



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lundi, juillet 23, 2007

Neuf III: Les seins

Illustration: Sandokan

Je me berce de cette douceur;
La main posée sur le sein gauche,
La peau à vif et la pointe durcie.
Je souris comme si Antonio était la,
A cet endroit précis,
Me touchant non seulement avec sa paume ouverte,
Mais avec son cœur, avec sa passion, sa colère, son envie.
Les seins comme les aiment les poètes,
Généreux, gonflés d’orgueil,
Conscients de leur présence majestueuse.
L’heure n’est pas à la modestie,
Tu me pardonnes je l’espère, sinon tant pis!
Un autre hier les aura caressés,
Embrassés, mangés de toute part
Et je pensais à cet homme au loin,
Au creux des plaines de Castille,
Je pensais à lui quand le désir roulait.


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dimanche, juillet 22, 2007

Neuf II : Les bras


Mes bras certes ne savent qu’embrasser,
Aimer, caresser et de leur cercle bander
La tête de l’homme que j’ai choisi.
Mes épaules sont carrées et dures, fortes.
Je suis fière de mes belles épaules
Qui savent porter tout l’amour du monde
Et toutes les peines du monde.
Au bout de mes bras, mes mains, promesses sans égales.
Elles prennent des contours de cet homme
Plus que leur nourriture, plus qu’à leur faim.
Elles s’épuisent à tout reconnaître, à faire naître
Sous leur emprise des paysages endormis.
Sous mes doigts gémissants Antonio s’est réveillé,
Ses rêves dans les miens, dans mes mains.


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samedi, juillet 21, 2007

Neuf I - La tête

Illustration: Mina

Introduction :

Antonio ne répond pas aux avances de la Loreley. Bien au contraire il s'enfuit, non sans lui laisser auparavant ce mot: "Il me faut partir. Je reviendrai dans neuf jours exactement."

La Loreley imagine alors, durant ces neuf jours, la visite quotidienne d'Antonio. Chaque jour il vient visiter une partie de son corps: premier jour la tête, deuxième jour les bras, troisième jour les seins, quatrième jour le dos, cinquième jour le fessier, sixième jour les jambes, septième jour le ventre, huitième jour la hanche, neuvième jour l’aine.

Ainsi la Loreley attend le neuvième jour pour raconter à Antonio son périple, là où ses mains auront parcouru les chemins qui lui étaient offerts.



Premier jour: La tête


Il joue dans les mille engrenages de mon esprit,
Il abat tous les obstacles,
Il recherche tous les replis de ma pensée.
Il vit en moi, dans ma tête, tel un inquisiteur il m’enchaîne,
Il me soumet, m’avilit.
Je ne l’aime pas, je le hais, je rugis.
J’ai mal sous sa présence et je veux qu’il parte
Et pourtant juste au moment ou il faudrait le chasser
Mon âme exsangue retient de ses dernières forces
Mon bras qui voudrait le lâcher.
Je voudrais sentir sur mes yeux son regard
Et sur mon front son baiser si longtemps attendu.
Je voudrais qu’il place ses mains sur mon visage
Et que tel un aveugle il apprenne son contour.
Ses doigts glissent dans mes cheveux en bataille,
Tournent les boucles noires sur sa peau.
Ma tête entière lui appartient; prend la, confie-la à ta bouche,
Elle veut dormir tu le sais bien
Au creux de cette fameuse hanche.


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vendredi, juillet 20, 2007

La mendiante

Illustration: Michelle Blessemaille

Comme un miroir brisé laissé sur le chemin
Mon cœur pleure en échardes brûlant sous le soleil.
Il gémit doucement, il recherche ta main
Errante dans le soir, épuisée de la veille

Ou tu caressais fébrilement ta Julia *.
Non, tu ne l’aimais pas d’un amour fraternel
Mais d’un amour gorgé de chair et de fracas
Qui ne prétendait pas à la vie éternelle.

Ah! Je parle au passé! Mais toi que je languis,
Dont le visage encore retient son dur secret,
Glacé, prostré dans l’obscurité de la nuit,
Je veux rentrer en toi, dans ton souffle, plus prêt,

Pour prendre de ton corps l’élixir de la vie,
Savourer silencieusement chaque contour,
Faire brûler la passion ou s’exposait l’ennui,
Oui prendre sans comprendre; réinventer l’amour.

(Un amour éphémère, un amour qui mourra,
Mais pas avant, si tu le veux, qu’il n’ait vécu,
Evidence que ton ami Aragon aura
Très bien comprise; la carte du cœur, c’est le ---).

J’ai donc tout exposé, formulé ma requête.
Telle une mendiante je fais l’aumône de ton désir,
Sans honte, enchaînée à ton cœur, je fais la quête,
Indécente, brutale, repoussante à vomir,

Et pourtant je veux plaire et je suis prête à tout
Pour te garder; pardonne moi j’ai le cœur fou,
Fou de t’avoir connu sans vraiment te connaître.
Le cœur est peu de chose dès qu’il choisit son maître.

* Dans certains poèmes la Loreley adoptera le nom de Julia.


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jeudi, juillet 19, 2007

Chastement

Illustration: Olivier Ponsonnet

Chastement me dis-tu nous nous embrasserons.
N’as–tu pas de pitié pour mon cœur découpé ?
Quelle est cette sanction dont on m’aurait frappée ?
Chastement? Qui es-tu pour punir? Mon patron?

Je veux avec luxure m’approcher de ton corps,
D’abord le regarder, l’étudier en silence,
Comme dans un paysage lointain de mon enfance
Rêver, flâner dans l’ombre, ériger le décor.

Dans le fond de tes yeux, dans le fond de tes rêves,
Je veux escalader le chemin de tes rides
Et suivre le contour de chaque pli aride
Pour mieux le rassasier, l’alimenter de sève.

Sur chaque forme aimée, chaque articulation,
Telle une enfant blessée, un animal exsangue,
Je poserai ma tête noire, ma bouche, ma langue,
Pour chercher la fraîcheur , libérer la tension

Dans laquelle cet amour me garde prisonnière,
Où telle une malade je réclame ma potion.
J’ai trop mal sans toi, je souffre de passion.
Promet-moi de venir et de faire l’inventaire

De mes membres brûlants, de mes plis malicieux,
L’entière superficie de mon mètre soixante.
Comme un amant promet toujours à son amante
Promet-moi des saisons ou nous serons heureux.


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mercredi, juillet 18, 2007

La hanche d'Antonio


T'aimer; voilà donc peu de chose,
Un exercice bien ordinaire.
Ouvrir une fenêtre close
Me semblerait plus téméraire.

T'aimer; que me prend cette audace?
Qui donc a frappé dans mon coeur?
Qui me résigne telle une masse?
Qui m'entraîne vers le bonheur?

Tu ne dis rien; tu m'aimes aussi.
C'est plus fort que toi, tu rayonnes
Tel un joyau éteint, noirci,
Dont l'éclat reprendrait sa forme.

Mon bel ami, mon doux miroir,
Je veux que tu guides ma chance.
Je crains l'obscurité du soir,
Donne moi le creux de ta hanche.

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mardi, juillet 17, 2007

La tigresse

Illustration: Natascha Roeoesli


Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses


« Les bijoux » Baudelaire




Oui, je lie la candeur à la lubricité.
Je n’ai pas froid aux yeux, tu peux le constater.
Mais c’est un pieu mensonge; je déguise mon cœur.
Quand il aime elle surgit, enfant fragile en pleurs.

Ne t’avise pas, mon ami, de lui faire mal.
Malgré son masque de couleurs elle reste pure,
Malgré ses errances, ses fautes, elle craint l’injure
Et ne sait pas coucher au creux des ravins sales.

Offre lui donc ton cœur, si tu en as la cause.
Elle le prendra dans l’ivresse la plus secrète.
Et saura faire briller les multiples facettes
De ton être étourdi tout en métamorphose.


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lundi, juillet 16, 2007

Antonio sur le chemin

Antonio tu vis dans mon coeur
Distribuant des citrons coupés
Sur l’étendue de mon désir.

Antonio sur le chemin,
Plus vaillant qu’un général,
Seul, fluide de bonheur,
Regardant son reflet dans la rivière dorée.


O je t’aime, toi qui n’es pas mon frère,
Ni mon guide, ni mon sauveur.
Je t’aime toi qui n’es rien que mon ami,
Mon doux ami aux cheveux lumineux,
A la main brûlante sans doute,
Au regard clair peut-être,
Sûrement clairvoyant.

Je ne veux pas te faire souffrir
Et j’ai déjà trop souffert.
Donne moi ta main blessée de mes mots cruels.
Donne moi ton coeur dur comme un roc,
Chaud comme une braise.
Donne moi tout de tes rêves.
Je n’ai, vois-tu, que des serments à t’offrir,
Que des promesses.

Antonio, cher amour,
Tu vas blesser tes doigts
En coupant les citrons.
La rivière rougira de ton sang.
Mais je viendrai baiser tes mains blessées,
Boire les traces du couteau.
Je mettrai tes doigts à ma bouche
Pour que tu oublies, oublies la souffrance de tes jours.

Je serai à cet instant avec toi sous les bombes,
Dans les membres ensanglantés de tes malades,
Dans le regard perdu des enfants,
Dans le ventre des femmes enceintes
Que tu as accouchées.

Je serai dans ta mémoire
Pour que tu ne sois pas seul,
Plus jamais seul.


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dimanche, juillet 15, 2007

La hanche d'Antonio - prologue

Antonio Torres Heredia I (la prise)

Federico Garcia Lorca


Antonio Torres Heredia
fils et neveu des Camborios
badine d'osier en main
va vers Séville aux taureaux.

Le teint brun de verte lune
il avance grave et beau.
Ses cheveux lustrés en boucles
reluisent entre ses yeux.

A mi-chemin il s'arrête
pour tailler les clairs citrons
qu'il lance à foison dans l'onde
à la rendre toute d'or.

Et c'est à la mi-chemin
sous le feuillage d'un orme
que les gendarmes des routes
l'entraînent vers la prison.

Antonio Torres Heredia II (La mort)

Des voix de mort résonnèrent
au bord du Guadalquivir
des voix anciennes qui cernent
une voix d'oeillet viril.
Il plantait à leurs bottines
des crocs de vrai sanglier.
Dans la mêlée il faisait
des sauts de dauphin huilés.
Il baigna de sang adverse
sa cravate cramoisie
mais devant quatre poignards
à la fin il dut fléchir.

Antonio Torres Heredia
Camborio de toison riche
au teint brun de verte lune
à la voix d'oeillet viril

Ah Antonio el Camborio
digne d'une impératrice !
Rappelle-toi à la Vierge
car bientôt tu vas mourir.

Frappé de trois coups de sang
il succomba de profil
vive monnaie qui jamais
ne sera plus reproduite.
Un ange glorieux pose
sa tête sur un coussin.
D'autres aux rougeurs fanées
lui ont allumé un cierge.


La loreley

Guillaume Apollinaire

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le feuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2007